Livre

Un siècle de réformes sociales. Une histoire du ministère du Travail (1906-2006)
Boris Dänzer-Kantof, Véronique Lefebvre. Félix Torres et Michel Lucas
Documentation Française, 2006

« Je veux que ce ministère soit la maison du travailleur. Je veux que dans les rapports que vous aurez avec les travailleurs, se manifeste une largeur d'idées, une ouverture de cœur, un parti pris visible de cordialité et de sympathie. », René Viviani, premier ministre du Travail, 1906.

 

 

L’objectif

 

Créé en 1906 à l’initiative de Clémenceau, le ministère du Travail a eu 100 ans en 2006 ; une occasion de retracer le destin et l’évolution  d’une institution aux contours variables, mais qui s’est toujours trouvée au cœur des grandes réformes sociales que la France a connues depuis un siècle.

 

 

La première histoire globale d’un ministère en France

 

Voici l'histoire, pour le moins tourmentée, d'un ministère qui, depuis sa création en octobre 1906, n'a cessé de changer d'appellation et de configuration. Ses compétences se sont tantôt élargies, tantôt resserrées. À telle enseigne qu'il est bien difficile d'établir sereinement des filiations, de cerner sa vocation et de dévider un fil directeur qui fasse sens. Pourtant, cette discontinuité historique contraste avec une remarquable continuité de situations : le ministère du Travail s'est toujours trouvé au cœur des grandes réformes sociales que la France a connues depuis un siècle. On lui doit aussi bien des avancées sociales dans les moments les plus fébriles de notre histoire que des réformes structurelles mûrement réfléchies, comme la Sécurité sociale. C'est ce double rôle, joué dans l'ombre ou sous la lumière crue des événements, que les auteurs de ce livre ont voulu mettre au jour.

 

Réalisé pour le centième anniversaire du ministère du Travail, Un siècle de réformes sociales. Une histoire du ministère du Travail comble un vide. Il n’existait jusqu’alors aucune synthèse relatant dans son ensemble l’histoire de ce ministère et de ceux qui l’ont fait vivre depuis un siècle. La tâche relevait de la gageure dans la mesure où l’histoire du ministère du Travail ne peut être séparée de celle des évolutions politiques et sociales qui ont marqué la France du début du XXe au début du XXIe siècle. Fruit de trois années de travail, du dépouillement d’une masse considérable de documents, d’entretiens avec les anciens ministres du Travail dont certains aujourd’hui disparus (Jean-Noël Jeanneney, 1910-2010 et Philippe Seguin, 1943-2010) : Martine Aubry, Jean Auroux, Jacques Barrot, Michel Durafour, François Fillon, Michel Giraud, Jean-Pierre Soisson, ainsi que d’anciens directeurs du Travail et hauts fonctionnaires, le résultat du travail mené par Public Histoire est à la hauteur de l’attente.

 

« Ouvrage exceptionnel » selon Gérard Larcher, ministre délégué à l’Emploi, au travail et à l’insertion professionnelle des jeunes, Un siècle de réformes sociales. Une histoire du ministère du Travail (1906-2006) porte un regard complexe et nuancé sur une institution occupant une place essentielle dans l’histoire sociale des Français. Servi par un texte dense et solidement documenté, accompagné de nombreuses illustrations (photos, affiches, tableaux) souvent inédites, Un siècle de réformes sociales. Une histoire du ministère du Travail (1906-2006) est un livre majeur, indispensable si l’on veut mieux connaître l’histoire sociale de notre pays. Il reste la seule histoire globale d’un ministère en France.

 

 

Le livre

Broché avec rabats, 20 × 28 cm, 262 pages, 300 illustrations, tirage : 20 000 exemplaires,

ISBN : 2-11-006264-9 35 €

 

Sommaire

 

 

 

« Le livre des cent ans du ministère du Travail, agrémenté de nombreuses illustrations, combe un vide : peu d’historiens s’étaient jusqu’à présent intéressés à cette administration créée en 1906 par Georges Clemenceau et dont le nom est associé à quelques grandes avancées sociales. (…) L’histoire du ministère éclaire toute l’histoire du pays depuis les grandes luttes sociales de la fin du XIXe siècle jusqu’aux douloureuses mutations engendrées par la mondialisation. » (Les Echos, 25 octobre 2006).

 

 

Une chronologie de l’organisation du Travail en France sur le site du ministère du Travail : http://travail-emploi.gouv.fr/le-ministere,149/le-comite-d-histoire,430/reperes,702/chronologie,5401.html

 

Les grandes lignes de l’histoire du ministère du Travail :

http://travail-emploi.gouv.fr/le-ministere,149/le-comite-d-histoire,430/1906-2006-un-siecle-d-engagement,1387/

 

 

 


Le centenaire du ministère du Travail

 

1906 – 2006 : pour célébrer cette longue période d’engagement au service du travail et de la prévoyance sociale, un ensemble d’initiatives ont été développées au cours de l’année, sous l’impulsion du comité d’organisation des célébrations du centenaire mis en place par le ministère, et avec le soutien actif du Comité d’Histoire des Administrations chargées du Travail, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle (CHATEFP).

 

Parmi les nombreuses manifestations qui ont eu lieu en 2006, à Paris et dans les régions, signalons un colloque scientifique international qui s’est tenu les 18 et 19 mai sur le thème « Elaborations et mises en œuvre des politiques du travail : le ministère et la société française du XXe siècle » et une exposition itinérante conçue autour des affiches de prévention des risques en milieu professionnel mais aussi de prévention sanitaire et intitulée « La prévention s’affiche : 100 ans pour convaincre ».

 

Le 25 octobre 2006 a marqué le point d’orgue des célébrations du centenaire du ministère. Sous la présidence de Gérard Larcher, ministre délégué à l’Emploi, au travail et à l’insertion professionnelle des jeunes, elle a réuni au Carrousel du Louvre un ensemble d’intervenants prestigieux autour de trois tables-rondes : « Histoire sociale et histoire du ministère », « Europe sociale », « Dialogue social et négociation collective ».

 

Outre la présentation du film « Un héritage d’avenir » réalisé par Georges Bessis, et l’inauguration d’une exposition illustrant l’histoire du ministère à travers cent ans d’histoire sociale, cette journée a été marquée par la remise de l’ouvrage Un siècle de réformes sociales. Une histoire du ministère du Travail (1906-2006) réalisé par Public Histoire et édité par La Documentation française.

 

 

Les manifestations du Centenaire sur le site du ministère du Travail :

http://travail-emploi.gouv.fr/le-ministere,149/le-comite-d-histoire,430/le-centenaire-du-ministere,1456/centenaire-du-ministere-du-travail,2370.html

 

 

1906-2006 : un siècle d’engagement au service du travail

 

Dès les premières années de son existence, le ministère s’attache à renforcer la protection légale des travailleurs (loi sur les travaux interdits aux femmes et aux enfants de 1909), à mettre en place une protection sociale contributive (loi sur les retraites ouvrières et paysannes de 1910) et à jeter les bases de la concertation sociale. Si la Grande Guerre porte un coup d’arrêt à ces efforts, les nécessités de la production de guerre entraînent le ministère à mettre en place une politique de la main-d’œuvre (fonds national du chômage et office de placement des chômeurs en 1914), et à développer le principe de la négociation collective. Au sortir du conflit, la reconstruction favorise la pérennisation d’une gestion globale de la main d’œuvre qui s’affirme en particulier dans le soutien apporté à la formation professionnelle (loi sur l’enseignement technique de 1919). Le paritarisme et la politique contractuelle permettent de désamorcer une situation sociale tendue (lois sur les conventions collectives et sur la journée de huit heures en 1919). Dans l’Entre-deux-guerres, le ministère s’installe au cœur du paysage social français en se tournant résolument vers les salariés, nouvelle catégorie alors en pleine expansion (loi sur le régime des assurances sociales en 1930).

 

La crise économique ne tarde pas à imposer le retour à une politique du travail dans laquelle l’Etat se voit confier le rôle nouveau d’arbitre entre les forces sociales : en juin 1936, le Front Populaire à peine élu inscrit dans la loi les grands acquis sociaux des Accords de Matignon (semaine de 40 heures, congés payés, conventions collectives obligatoires, élection de délégués du personnel…) Le nouveau paysage social est malheureusement très vite confronté à la menace d’un second conflit tout proche qui contraint le ministère à préparer la mobilisation en masse pour les industries de guerre.

 

La défaite de 1940 et l’accession au pouvoir du maréchal Pétain permet aux idéologues du triptyque « Travail-Famille-Patrie » d’imposer leur vision corporatiste du monde du travail (Charte du travail en 1941), suivie de l’engrenage de la collaboration De nombreux fonctionnaires du ministère s’opposeront activement à cette politique comme Berty Albrecht ou Pierre Lamy, arrêtés et exécutés par les Allemands. Réorganisé à la Libération, le ministère du Travail est au cœur du projet de démocratie sociale voulu par le Conseil National de La Résistance (création de la sécurité sociale et des comités d’entreprise en 1945). Dans la décennie qui suit, il participe activement à l’élaboration des réformes qui accompagnent le relèvement économique du pays (loi sur les conventions collectives et décret instaurant le SMIG en 1950 puis allongement de la durée des congés payés et création du Fonds national de solidarité en 1956).

 

Les années de croissance économique 1957-1973 connaissent un chômage de faible ampleur, lié en partie aux mutations accélérées du monde du travail. Dans le but d’amortir les mouvements du marché du travail, le ministère met alors en œuvre une politique qualitative de l’emploi (création de l’Association de Formation Professionnelle des Adultes en 1965, de l’ANPE en 1967). Les bouleversements engendrés par la société de consommation et la crise de Mai 68 obligent à renouveler profondément l’approche des questions sociales. Au-delà des Accords de Grenelle et de ses conséquences immédiates (augmentation du SMIG et des salaires…), l’enjeu de la politique sociale est désormais la démocratisation du monde du travail (loi reconnaissant les syndicats dans l’entreprise).

 

Le contrecoup de la crise pétrolière qui frappe la France en 1973 ébranle la croissance et oblige à transformer la politique de l’emploi en lutte contre le chômage. Dans un premier temps, la crise, considérée comme passagère, n’empêche pas de poursuivre les réformes visant à l’extension des droits sociaux et à la protection des catégories les plus vulnérables (loi d’orientation en faveur des personnes handicapées en 1975). Mais la prise de conscience d’une récession appelée à durer entraîne à partir de 1976, une réorientation profonde de l’action ministérielle. Désormais, le traitement social du chômage devient la priorité (convention sur l’Assurance chômage en 1979).

 

L’absence de résultat des politiques engagées, aggravée par le second choc pétrolier, favorise l’accession à la présidence de la République de François Mitterrand en 1981. Face à la crise, le nouveau gouvernement fait le pari d’une relance keynésienne : en relevant les salaires et les minima sociaux, il espère relancer la consommation et partant, réduire le chômage. Ce volontarisme économique s’accompagne d’un train de réformes sociales qui renouent symboliquement avec l’œuvre du Front populaires (39 heures, 5e semaine de congés payés, abaissement de l’âge de la retraite et lois « Auroux » relatives aux droits des travailleurs dans l’entreprise en 1982).

 

Dès 1983, l’échec de la relance contraint le gouvernement à mettre en place une politique de rigueur économique. Le sentiment d’impuissance face au chômage qui continue à progresser inexorablement, fait place à un certain réalisme. Il s’agit désormais d’en limiter les effets par des mesures d’accompagnement et un traitement sectoriel ciblé sur certaines catégories sociales, les jeunes, les seniors, les chômeurs de longue durée (création du RMI en 1988). Poursuivi avec une certaine continuité par les gouvernements de cohabitation successifs, le traitement social du chômage s’accompagne à partir du milieu des années 90 d’une politique destinée à favoriser le retour à l’emploi (allègement des cotisations patronales en 1993 ou lois « Aubry » sur les 35 heures en 1998).

 

Dans un contexte de profonde mutation de l’économie mondiale, et malgré deux embellies -à la fin des années 1980 et au tournant du XXIe siècle-, la France ne parvient pas à sortir d’un chômage massif qui provoque une extension préoccupante de l’assistanat d’Etat et pèse de plus en plus sur la marge de manœuvre des pouvoirs publics. Pour tenter d’échapper à cette situation, les gouvernements des dernières années se sont engagés dans une remise en cause partielle des acquis sociaux (assouplissement des 35 heures et réforme des retraites en 2003) mais aussi dans la définition d’une nouvelle politique globale de l’emploi (plan de cohésion sociale en 2005). Plus que jamais, le ministère du Travail créé il y a un siècle par Georges Clémenceau reste au cœur des grands enjeux de notre société.



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